Salaire et participation

Faire face aux inégalités : pour un accroissement des revenus disponibles

09 sep 2019

Une étude de McKinsey Global Institute met en exergue les dangers d’une stagnation des revenus disponibles.


par Ute Meyenberg, Secrétaire nationale CFDT Cadres

La montée des inégalités sociales dans les pays développés depuis les années 1990 est devenu un sujet de préoccupation majeure des gouvernements – au point d'en faire l'une des priorités du G7 de Biarritz. C’est à cette occasion que l’institut d’études macro-économiques McKinsey Global Institute (MGI) a publié un « papier de discussion » pour faire un point sur la situation.

Plusieurs méthodes permettent de mesurer les inégalités, la plus connue étant celle de l’indice GINI. Cependant, selon la façon de mesurer, les constats varient, ainsi que les remèdes. Croissance économique, innovation, transferts sociaux : ces mêmes mesures peuvent à la fois contribuer à plus d’égalité ou à exacerber les inégalités. De même qu’à quelques kilomètres près, on peut trouver des réalités économiques totalement opposées, comme le montre la comparaison (p. 15 du rapport) entre le niveau de vie dans le 7e arrondissement à Paris et à Saint-Ouen.


De plus en plus de ménages ont des revenus stagnants ou en baisseInequality: A persisting challenge and its implications

La montée des inégalités engendre des insatisfactions profondes : le Brexit et la crise des gilets jaunes en sont des illustrations. La question n’est pas récente : la création de l’Organisation internationale du travail en 1919 est le fruit du constat que des inégalités trop grandes sont un danger pour la paix sociale. L’interdépendance économique à cette époque a incité, à travers l’OIT, à une démarche pour des conditions de travail et de rémunération équitables dans des pays en concurrence pour les mêmes marchés. La relation de cause à effet entre la montée des inégalités et une croissance de l’insatisfaction n’est donc pas une découverte. Mais tant que l’ascenseur social fonctionnait, les inégalités s’amenuisaient. 

L’étude de McKinsey fait l’inventaire des mesures des inégalités en se concentrant essentiellement sur l’inégalité économique (on peut également parler de l’inégalité sociale, politique ou environnementale). En mettant l’accent sur trois types d’inégalité économique - celle des revenus, du patrimoine et de la consommation -, plusieurs constats s’imposent :

  • Globalement, le monde est devenu plus égalitaire en raison de l’augmentation du niveau de vie des économies en développement. L’indice GINI mondial est ainsi passé de 0,44 en 1990 à 0,36 en 2014. 
  • Cependant, dans les économies avancées, les inégalités de patrimoine et de revenu se sont aggravées de façon significative. Ceci est démontré à la fois par l’indice GINI, mais aussi par l’accroissement du pourcentage de la richesse globale accumulée par les 1% les plus riches (p.25) qui est passé de 6% en 1980 à 11% en 2014 dans les pays de l’OCDE. Un moteur de ce développement est la montée en flèche des bonus des dirigeants : en 1978, le salaire d’un directeur général représentait environ 30 fois le salaire moyen, contre 300 en 2014, résultat d’une augmentation moyenne des salaires des travailleurs de 11% contre 900% pour ceux des dirigeants.
  • Dans les pays du G7, les réalités économiques sont très diverses et les transferts sociaux atténuent les effets des différences de revenu: le coefficient GINI (G7) baisse ainsi de 0,49 à 0,32 après transferts.

Depuis 2005, les revenus (real net income) disponibles dans les pays du G7 stagnaient ou baissaient pour 20 à 25% des personnes, et les déciles les plus bas étaient les plus touchés. Les raisons de cette stagnation sont multiples : l’atonie de la croissance depuis la crise financière de 2008, des facteurs démographiques tels que le vieillissement de la population et la réduction de la taille des ménages et la polarisation du marché du travail, voire l’accroissement de la demande de travailleurs hautement qualifiés au détriment des qualifications moyennes et basses. Le changement des formes d’emploi, l’accroissement du temps partiel et temporaire et les transferts d’emploi sur l’automatisation sont également des facteurs d’explication. La concentration de la production de valeur dans une poignée d’industries telles que la pharmacie, la finance, la technologie et l’immobilier favorisent des individus avec patrimoine au détriment de ceux qui ne vivent que de leurs salaires.

Les possibilités d’améliorer la situation économique dépendent fortement de critères socio-démographiques tels que l’âge, le genre et l’endroit de résidence, comme le montre la comparaison parlante entre Saint-Ouen et le 7e arrondissement de Paris. Globalement, les femmes sont plus à même d’arriver à des niveaux d’études supérieurs, alors que leur situation économique reste défavorable puisque l’écart moyen de rémunération résiste à 14% de différence. Les jeunes, bien que plus diplômés que la génération précédente, sont aussi plus exposés au chômage.


Comparaison Saint-Ouen/Paris7

 

Entre Saint-Ouen et le 7e arrondissement parisien, le fossé socio-économique est notable (mckinsey.com).


La situation économique dégradée a une forte influence sur les perceptions politiques : près de la moitié des personnes se sentent déconnectées des processus démocratiques et pensent que leur vote ne compte pour rien. La même proportion pense qu’ils sont, en moyenne, moins bien lotis que 20 ans auparavant. Ces perceptions mènent à des attitudes négatives envers l’immigration et la mondialisation. 

Des solutions nouvelles seront nécessaires pour améliorer l’inclusion économique, mais compte tenu de la diversité des situations dans les pays du G7, il n’existe pas une seule bonne solution. Sans croissance économique, aucune solution n’est pérenne. Afin de freiner l’inégalité des chances, une variété de possibilités s’offrent aux politiques :

  • L’accès à la protection sociale est fondamental compte tenu du vieillissement de la population.
  • L’éducation, de base et permanente, ainsi qu’une réflexion sur les compétences nécessaires afin de combler la pénurie de compétences, notamment dans les technologies.
  • Un travail de fond sur l’intégration de la diversité.
  • Des nouvelles façons de penser le système des impôts et taxes pour favoriser le partage des gains économiques
  • Redéfinir les modèles de transferts dans l’âge de la digitalisation.

Le climat actuel de défiance envers le et les politique(s) est désavantageux dans le long terme et potentiellement dangereux. Comme discuté dans l’Université d’été de la CFDT cette année, l’urgence démocratique face à l’émergence des gouvernements d’extrême droite et populistes.

 

+ d'infos

Inequality : a persisting challenge and its implications (mckinsey.com)

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Illustration : Fotolia / McKinsey.com